La mutation dont vous êtes le zéro… euh le héros

La mutation dont tu es le zéro… euh le héros.

Ça y est, ton conjoint a réussi à l’obtenir. La fameuse mutation dans la contrée de vos rêves… Le Saint Graal ! Ô joie, ode à l’amour, votre enfant apprendra à marcher en dehors des paillasses bétonnées de la région parisienne. Euphorie et émerveillement. Reste maintenant à savoir ce que toi, feignasse de premier ordre, tu vas faire de tout ça. Lance le dé.

Si tu fais 1 : Ton conjoint est un mage nanti et gagne suffisamment bien sa vie pour t’entretenir pendant plusieurs années (on se demande bien d’ailleurs pourquoi tu as choisi d’être feignasse). Pas de souci pour toi, tu peux prendre un congé parental et t’adonner au macramé et à l’art divinatoire. T’as le temps de la voir venir ta mutation, sous le soleil et au bord de la plage.

Si tu fais 2 : ha. Dommage. Ton conjoint n’est pas un mage nanti. Alors ton congé parental va falloir sérieusement penser à le raccourcir. C’est ce qu’on t’a conseillé de prendre dans l’Antre des Gestionnaires de feignasse, mais tu sens bien qu’il y a une embûche. C’est sans compter avec l’aimable participation de la CAF (ou Comment Atteindre la Folie) qui commet l’erreur fatale de t’accorder une aide qui ne viendra jamais parce que … ton rejeton a plus d’un an… Donc t’as zéro ressource. Un emprunt qui va débuter. Tu dois trouver une solution. Ha… ben tu as fait 2 !

Donc, là tu relances le dé : tu fais 1 : tu prends ton fils sous le bras. Tu rentres dans ton département Déprimland, tu finis de liquider tes quelques écus en faisant des allers-retours pour réunir la famille tous les weekends et payer un double loyer. A ton boulot, tu fréquentes des Orques que tu aurais préféré ne plus jamais revoir. Ton fils devient infernal, tu finis par déprimer, tu fomentes des actions répréhensibles aux yeux de la digne Inquisition… Nan, vas-y relance le dé ; on n’est pas inhumain. C’est pas le bon chemin.

Tu fais 2 : tu tombes sur une bonne fée, elle te fait gagner plein d’argent, tu achètes la maison de tes rêves… oui ben, vas-y arrête de rêver justement, tu te fais du mal. Relance le dé.

Tu fais 3 : tu dégotes un job en 2 jours… on a dit « Arrête de rêver ».

Tu fais 4 (il n’y a que 4 faces sur ton dé) : Là tu entends une voix gutturale prononcer des paroles effrayantes : « Entre ici pauvre feignasse que tu es, et pénètre au cœur des Ténébreux Labyrinthes de la Mutation. » Argh, ta gorge se serre ; tu sais que tu vas devoir affronter les pires dangers et les attaques les plus viles de la part de créatures invisibles. Peut-être même devras-tu faire face à la terrible Moire Ministéria Educationata, maîtresse de ton destin et de celui des pauvres autres feignasses dans ton genre.

Ton chemin est donc celui-là. Et tu y vas, la fleur à l’arc, en bonne guerrière farouche que tu es. Ta mutation, tu demandes. Hors-délai mais ce n’est pas grave. Les Elfes de ta nouvelle contrée ont besoin de feignasses en renfort cette année. Le dé est lancé : 3. Ha… désolés, mais la mutation que vous avez quémandée n’est pas attribuée actuellement… et à jamais. Mouahahaha. Les sous-fifres de la Ministéria rôdaient à l’affût de la moindre tentative d’accès au bonheur. Tu es acculée. Rebrousse chemin.

Désormais tu es au cœur du Labyrinthe de la folie fonctionnariale. Dans ta situation, tu ne peux bénéficier d’aucune aide aux indigents. Même ta propre Guilde, qui t’empêche, il faut le préciser, d’exercer ton sacerdoce ne peux rien t’apporter. Pas un écu. Toutes les portes se ferment. Il te faudra trouver la bonne, celle qui sauvera ta famille et tes espoirs. Trois portes face à toi. Trois sceaux.

Sceau numéro 1 : congé parental et grosse galère d’argent. Ou alors tu deviens garde-chiourme dans le civil. Certes, tu pourras enfin t’adonner aux puissants préceptes de la prêtresse Montessoria mais rester dans ton logis ne te botte pas plus que ça. Si les autres sceaux se révèlent anxiogènes, alors tu rebrousseras chemin pour ce dernier.

Sceau numéro 2 : tu quittes la Guilde. Mais tu as déjà passé tant d’épreuves initiatiques et sacrifié tant de temps que tu ne peux t’y résoudre. Oh ce n’est pas pour la maigre bourse que tu récoltes à la fin du mois, non… mais pour ces mini trolls qui te font croire encore à la puissance du savoir et de la connaissance. Tu es un mage et tu veux le rester. Transmettre ton savoir.

Sceau numéro 3 : la disponibilité. Tu perds tous les bénéfices, ou presque, de ta Guilde. Il te faut alors découvrir quelle activité sera la bonne. Mais encore une fois, c’est sans compter avec les fourberies et imbroglios de l’Académie des feignasses de la capitale. Parce que tous les métiers ne te sont pas accessibles. Or, celui qui t’intéresse fortement fait partie d’une guilde, le Territorialis, qui s’apparente à la Ministéria Educationata mais sur un plan plus local. Tu souhaites former des mages plus âgés, qui commencent déjà à exercer une vocation. Mais la bourse qui te serait versée viendra-t-elle du même coffre que celui de ta guilde ? Des fils à démêler, plus denses et épais que la forêt d’épines de Maléfice. Parce que l’antre des Gestionnaires de feignasses n’est pas apte à te donner l’indice nécessaire, la réponse simple à ton énigme.

Du coup, tu relances le dé. Et tu fais 3bis (oui, c’est un dé magique). Il t’offre la possibilité de cumuler deux chemins en même temps. Tu décides donc de tenter le tout pour le tout au risque de devenir un hors-la-loi de l’Académie. Tu vas creuser du côté du Territorialis. Et dans le même temps, tu vas jouer les mercenaires et trouver des missions pour ton propre compte. Corriger des parchemins, relire des ouvrages.  C’est un équilibre fragile. Tu as ton petit rejeton angélique à garder, tu ne peux pas le confier encore à une nurse parce que les nurses demandent des écus, que tu n’as pas. Alors tu croises les doigts pour que tes efforts paient, le plus rapidement possible.

Courir deux lièvres à la fois. La seule condition de survie. Et tu y crois, avec des hauts et des bas, mais tu y crois. Et un jour, tu n’auras plus à lancer de dés. Pour la Ministéria ou pour une autre Guilde, la question reste en suspens. Mais tu ne relanceras plus… de dés.

Dans la peau de Trente Elévovitch

Parfois quand on est prof, on ne considère pas assez l’impact que peut avoir sur notre équilibre mental le fait d’enseigner à une trentaine d’élèves. Or, il existe un phénomène scientifiquement peu prouvé mais pourtant avéré par les faits : le transfert de personnalités. Notez le pluriel de « personnalité » puisqu’il faut en effet souligner que le prof ne devient pas seulement un double de lui-même, mais qu’il intègre l’ensemble des particularités de son public. Menant parfois son entourage à s’inquiéter de vivre avec un schizophrène patenté.

Le jour de la rentrée vous vous levez, avec, parfois, la fleur au fusil, et empli d’une bonne volonté touchante. Vous découvrez vos nouveaux élèves tout beaux, tout frais, tout sages. Et vous vous dites que c’est un vrai bonheur. Certes le soir vous rentrez chez vous en disant à votre enfant : « Vas-y, je sais c’est quoi la réponse. », mais cela ne vous inquiète pas plus que ça.

Or, petit à petit, votre entourage écarquille de plus en plus les yeux en vous regardant évoluer au fil des jours. Vous faites tournoyer votre stylo en parlant à votre banquière, vous avez tendance à vous mettre en équilibre sur votre chaise en tentant de surfer sur une vague imaginaire.

Lorsque votre amoureux vous explique un point délicat sur l’organisation de votre vie, vous regardez ostensiblement par la fenêtre pour voir si le monde est plus original dehors. Vous commencez à poser des questions alors même qu’on vient de vous donner la réponse, mais vous recommencez cinq minutes plus tard en jurant vos grands dieux que non, vous n’avez pas entendu ladite réponse.

Quand on vous dit qu’il faut arrêter d’embêter le chat, vous rétorquez à chaque fois que c’est lui qui a commencé et vous vous mettez à pleurer en trépignant et en hurlant que de toutes façons, c’est toujours vous qu’on gronde.

Le français devient, au fil des mois, une gageure qui vous fait tirer la langue à chaque fois que vous devez envoyer un courrier administratif. Et puis aussi pourquoi devriez-vous faire cette tâche ? Ca va vous avez assez travaillé dans la journée et vous en avez marre de devoir obéir.

Parfois, vous allez tellement vite dans vos occupations, que votre entourage ne sait plus comment nourrir votre soif d’activité et vous devenez alors intenable.

Certains enjeux de votre vie deviennent aussi complexes qu’une équation à un inconnu ou que l’apprentissage des tables de multiplication et vous avez tendance à regarder les gens qui vous parlent avec des yeux vides, dignes parfois des meilleurs merlans frits. Ce qui fait perdre rapidement patience à ceux qui essaient de vous expliquer que ce n’est pas si compliqué d’éteindre le décodeur de cette façon et non pas de la vôtre qui met en péril ladite machine.

Seul moment de répit dans cette schizophrénie sous-jacente : les vacances. Mais le travail de relaxation-détente-zénitude permettant d’évacuer les trente personnalités cachées au fond de votre être demande un temps certain. Et vous replongez rapidement dans ce maelstrom infernal et pourtant nécessaire.

Nécessaire, parce qu’il prouve que vous êtes attentif à vos élèves, parce qu’il prouve que vous prenez à cœur de suivre chacun de leurs pas et que vous y mettez du cœur.

Mais un conseil seulement. Ce sera salutaire. N’hésitez pas, faites-vous suivre.

Fleur-Bleue attitude …

Rahlala, on voudrait lutter, hein, on voudrait lutter contre ces incursions sournoises qui viennent parfois envahir votre esprit. Vous connaissez forcément ce truc qui, lorsque vous regardez un p’tit couple trop mimi tout plein à croquer qu’on en mangerait, vous fait d’abord penser que c’est trop des nases, romantisme à deux balles et tout le blabla.

Et puis dans les trois secondes qui succèdent, vous êtes prise d’une soudaine envie de vous épancher en des tonnes de « roh et pourquoi pas moi ?? ». Et là, vous sombrez. Vous sombrez dans un imaginaire qui vous percute de plein fouet et s’incruste dans votre subconscient.

Et c’est parti pour un scénario fleur-bleue qui vous laisse entrevoir tous les clichés contre lesquels vous avez lutté toute votre vie :

–          Il vous fait manger des cerises lors d’un pique-nique dans l’herbe où la couverture ne pique même pas et où les insectes ne viennent pas s’incruster dans vos cheveux ou vos fringues.

–          Il vous filme lors d’une promenade au bord d’une superbe rivière. Et vous ne marchez dans rien qui soit suspect, vous êtes toujours jolie sur la pellicule et vous ne ressemblez pas à un sac à patate dans votre pantalon de rando.

–          Vous partagez avec lui un petit tour de tourniquet dans un parc de jeux pour enfant et vous avez la sensation d’être libre, libre, libre…

–          Au franchissement de la rivière, il vous porte délicatement pour que vous ne mouilliez pas vos petits pieds fragiles. Et vous dépose de l’autre côté, lentement en vous serrant fermement par la taille et en vous offrant un baiser langoureux et plein d’amour.

–          Une autre fois vous… vous… vous… Roh zut ! vous ne trouvez plus d’idées pour enrichir ce scénario si agréable ?

Oui bon ben en réalité, il faut bien le reconnaître, vous ne tripez pas tant que ça sur le bon romantisme ultra classique du roman pour bonne femme. Et ben oui, vous préférez qu’on vous malmène, autant le reconnaître. Le gnangnan vous fatigue très vite. Oui à la sensibilité mais non à la mièvrerie. Et puis, autant l’avouer, à chaque fois que vous vous retrouvez dans une situation un peu romantique, vous avez le chic pour placer la petite tirade un peu trash et pas délicate du tout. Non ?

Ouaip Pretty Woman c’était sympa pour les fringues, mais finalement, Bridget Jones a des côtés bien plus séduisants. Maladroite, brusque, brute de décoffrage. C’est tout de même bien plus attirant. Vous, vous êtes plutôt du genre à vous retrouver avec un bout de salade coincé entre les seins parce que vous avez mangé un sandwich comme une cochonne et qu’il le découvre en vous faisant des bisous partout… Et ben voilà, faut assumer.

Alors, par pitié, rempotez vos fleurs bleues.

Le scénario hollywoodien

Qui n’a jamais rêvé, mais jamais de sa vie, que lui tombe sur le bout du nez une histoire d’amour rocambolesque, un scénario digne des plus drôles films romantiques hollywoodiens ? Un truc à la Woody Allen avec rebondissements, quiproquos et happy end ? Un marivaudage Bridget-Johnsonnien avec son lot de ridicule et de tendresse maladroite. Allez, soyez franc et assumez ce côté midinette que nous avons tous. Oui, même toi, ô mâle, fier et bien assis dans ton rôle de petit macho insensible à la Non-mais-arrête-le-romantisme-ne-passera-pas-par-moi…

Cette histoire n’est pas totalement une fiction, toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé n’est pas totalement fortuite non plus.

« Sam se languit. Son ex compte bien demeurer son ex jusqu’à la fin des temps et elle se dit qu’il lui faudrait trouver quelqu’un qui vienne détrôner le seigneur de son cœur (oh, un vrai romantisme victorien !). Mais comment ? La meilleure solution reste d’abord de puiser dans le trash, la consolation immédiate et sans engagement, des hommes qui n’attendent que d’être pêcho et de pêcho à leur tour (oui la réalité est parfois beaucoup moins glamour qu’on ne l’espérerait).

Tout autour d’elle, ses amies ne cessent de vanter les mérites de ces amies d’amies d’amies qui, je te jure, ont véritablement trouvé l’amour sur des sites de rencontre. Mais le Vrai. Sam elle-même a pu voir une de ses meilleures copines avec un homme formidable. Alors pourquoi pas moi ? se demande-t-elle, avec une pointe de jalousie un peu lasse.

Et la voilà, écumant le site le plus facile, la SPA de l’amour, le supermarché de la rencontre. Mais la déconvenue lui saute rapidement aux yeux. Les hommes, produits de consommation courante, participant sans le vouloir à la grande politique de l’obsolescence programmée des biens et des êtres, ne se montrent pas à la hauteur. Incapacité chronique à écrire une phrase convenable : « Ci tu est une femme dousse et cokine lol alors ont peu s’entendre, mdr » ; discussion dénuée de toute poésie et d’intérêt littéraire : « Et vas-y t’es bonne ? Tu pratiques le plaisir buccal (non, en général, ils ne connaissent pas ce mot) » « Bonjour, moi c’est Sam… », tente-t-elle désespérément de placer en début de conversation. Bref, elle puise dans les moins crétins, et encore.

Quand un jour, au détour d’une lassitude croissante, elle tombe sur un profil dont une référence littéraire lui saute aux yeux. Non, pas possible, sur ce site ? Un homme qui connaît cet auteur ? Là, débute un échange enflammé, drôle et intelligent, cultivé et pétillant. C’est-à-dire, extrêmement rare. Lui, à des milliers de kilomètres malheureusement pour plusieurs mois, dont les photos feraient pâlir de jalousie Aphrodite elle-même, mène une vie professionnelle à 100 à l’heure. Il trouve tout de même le temps d’envoyer, au réveil, des mots doux charmants, envoutants, déstabilisants. Il craque, il est étonné, il ne pensait pas tomber sur une femme comme Sam. Elle, survoltée, sent son naturel enjoué se décupler au contact de cet homme à la fois si proche et si … inaccessible. Les échanges téléphoniques se prolongent, les heures passent sans que les batteries de l’enthousiasme ne se déchargent. Ils se dévoilent, se font rire, s’attendrissent.

Jusqu’au jour où… Sam demande à le rencontrer enfin, prête à faire le déplacement, pure folie. Et là, une ombre commence à envahir le joli tableau. Il botte en touche, repousse les possibilités. Sam, qui se sait parfois volontairement naïve et confiante, commence à ressentir un changement de température. Elle retrouve ses instincts protecteurs, effectue des recherches sur lui. Ne trouve rien. Trop de choses ne concordent pas.

Puis le déclic. Une recherche sur Internet et le subterfuge est découvert. Son profil est un énorme canular. L’Apollon existe, bien évidemment, mais ce n’est pas celui qui parle à Sam, qui la flatte, qui la fait rire. Il n’a pas la vie professionnelle décrite. Merde il n’est pas celui qu’il prétend être. Mais est-elle gourde, est-elle si naïve ? L’auto-flagellation tente un instant de prendre la place de la raison. Elle, qui érige la vérité en principe absolu, qui combat le mensonge du plus profond de son être. Il lui a menti. Un peu déçue, elle attaque de front. Un sms l’alertant qu’il doit la rappeler, très vite, puis un autre qui montre qu’elle a tout découvert. Au pire si c’est un vrai salaud et qu’il s’est fait griller, il ne rappellera pas.

Mais étrangement, Sam sait au fond d’elle qu’il va l’appeler. Elle ne peut pas oublier que la personne, avec laquelle elle a tant discuté, lui a donné des ailes et qu’il en a eu lui aussi. Alors, curieuse invétérée, elle veut savoir la vérité. Ses amies évidemment le prenne pour un dangereux mythomane et lui déconseille de poursuivre.

Mais Sam est moins catégorique, trouve une explication pour chaque chose. Trop gentille, entend-elle ses amies penser ! Et voilà que l’usurpateur l’appelle. Contrit, s’excusant platement pour le canular. Expliquant qu’il ne savait pas comment s’en dépêtrer, mais qu’il allait révéler la vérité, au plus vite, se sentant mal. Il ne s’attendait pas du tout à tomber sur une personne comme elle, sur ce site de rencontre. Il a été pris à son propre piège, dépourvu.

Deux heures de discussion, une « vraie » photo envoyée, un nouveau récit de vie et la connivence repart de plus belle. Non sans une vérification de toutes les données fournies à cette étape par une amie de la pauvre victime, scrupuleuse pour le bien-être de sa copine ! Les exigences capricieuses de Sam sont sans détour et légitimes. Elle en a parfaitement le droit, il le reconnait. Il vit encore loin de Sam, mais promet de ne plus mentir. Il ne s’agit pas d’amour, pas encore, peut-être jamais, mais la curiosité est piquée, voire marquée au fer rouge.

Une nouvelle phase de découverte s’ouvre, sur le fil du rasoir, mais avec beaucoup d’amusement. Sam préfère le prendre avec amusement. Il en est lui-même étonné. Cette fille n’est pas comme les autres. Même si une petite part d’elle-même est blessée. Mais au jeu de l’amour et du hasard, les petites blessures s’effacent souvent très vite au contact de la réalité de chaque être. Il faut seulement essayer d’y voir les plus belles parties et être conscient que celles qui sont plus sombres contribuent au charme plus envoutant et plus énigmatique des personnes rencontrées.

Et qui n’a jamais péché me jette la première pierre……………………………….. Aïe. MENTEUR !

[NDLR : cette histoire pourrait se dérouler en plusieurs épisodes, la suite pourrait venir ou ne pas venir, cela dépendra des protagonistes et de l’inspiration de l’auteur.]

Poème (2) … moins rare

Regard gris d’acier

Transperçant la naïveté des sentiments.

Rage folle étouffée dans un écrin vicié.

Colère dévorante

Irriguant l’esprit comme une crue acharnée.

Armure de violence

Insufflant une force exacerbée.

Frapper, frapper pour blesser,

Défendre son âme au prix de la douleur de l’autre.

Lutte sourde, corps fébrile

Se rattachant à l’équilibre précaire de la raison.

Désir de destruction, de souffrance.

Sensualité de la douleur

S’immisçant dans les replis de mon être.

Insupportable trahison,

Amertume des sensations.

Fureur contenue

Se diluant comme un poison.

Virulence des mots,

Assourdissants.

Eréthisme puissant

Dernier spasme du cœur,

Battant.

Et après, on dira que…

Ce matin quand le réveil a sonné à huit heures, j’ai soudainement bondi comme une furie, prête à prendre ma douche en quatrième vitesse, hurlant à tous vents : « P… je suis à la bourre, mais mince quelle andouille, je vais être en retard. » Réponse de l’amoureux : « Mais pourquoi ? ». Moi : « Ben c’est ma pré-rentrée, je prends à neuf heures, roooh zuute… ». Lui encore, voix ensommeillée : « On est dimanche, c’est moi qui doit me lever, pas toi. » Soulagement, retour dans le lit chaud comme si c’était la dernière merveille du monde, le cocon et la douceur absolue, comme dans les pubs, sourire de satisfaction accroché aux oreilles !

« Chérie, j’ai enfin trouvé pourquoi Einstein n’avait pas tout à fait raison dans sa théorie de la relativité. Ma découverte va changer la face des sciences. Dieu sait que j’en ai passé du temps sur cette recherche ! Mes efforts sont enfin récompensés ! Les étudiants vont m’aduler à présent. » « Oui mon chéri, dors. Tu as juste fait un autre rêve comme durant toute la semaine. N’oublie pas, ce n’est que demain la rentrée et le laboratoire du lycée n’est pas encore réparé. Allez dors. »

Cri dans la nuit,  main à la gorge, yeux exorbités, sueurs froides. Une impression fugace d’avoir perdu toute son énergie. « Que se passe-t-il mon amour ? ». « Ils m’ont encore trouvé, vérifie s’il te plaît, je suis sûre qu’ils ont encore atteint leur but. Et leurs yeux, si tu avais vu leurs yeux. Et ce teint livide, morts mais vivants. », « Écoute, il faut quand même que tu parviennes à t’apaiser par rapport à ça. Je te le redis : tu n’as aucune marque dans le cou. Tes élèves ne sont pas des vampires. »

 « Et donc, là, l’élève m’a répondu : « Et la vieille, si tu me lâchais un peu. » [blabla]. Je te raconte pas comment le cours de mon collègue s’est déroulé. Un flop complet, toujours à cause de Chaprot. Mais on ne peut pas le virer du collège parce que sinon il n’a plus aucun établissement où aller…[blabla] Et le principal m’a affirmé que …[blabla] Parce que d’un autre côté, je crains qu’ils n’aient pas le niveau pour comprendre cette œuvre…[blabla]. Pourtant j’ai passé du temps sur la préparation, mais ils ne s’intéressaient à rien, j’avais l’impression de parler dans le vide, tu sais comme quand [blabla] ». « D’accord ma chérie, mais si tu me laissais le temps d’accrocher mon manteau, de m’asseoir, de t’embrasser, avant de me raconter ta journée au collège, hein ? Si tu décrochais quand tu rentres à la maison ? Non ? »

« Tiens, ça me fait penser à mon élève Chaprot, tu sais celui dont je t’ai parlé. La fois où il a dessiné ce magnifique paysage, tu sais, je t’en avais parlé. Qu’est-ce qu’il était doué, je vais le regretter. ». « Oui, mais là, tu es sur une île de la Méditerranée, pendant les vacances, avec ta famille, tes amis. Alors oui, la mer est belle mais je ne vois pas en quoi elle peut te rappeler un de tes élèves qui avait dessiné ses vacances dans les Alpes. »

Je ne comprends pas. J’ai mal à la gorge, je dors mal, je me sens faible. J’ai le crâne en vrac, j’ai mal au ventre. Je respire pas très bien. J’ai des angoisses, je fais des cauchemars. Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourtant les vacances étaient bien, je devrais être en forme. « Non, tu ne peux pas être en forme parce que dans une semaine, c’est la rentrée ! ». Argument implacable.

Et après, on dira que les profs ne sont pas sérieux, qu’ils ne prennent pas leur boulot à cœur et qu’ils font toujours ça en dilettante. 

 

De la nuisance sonore et de sa dangerosité pour l’équilibre mental de la Titane

Mmmh, il est 7h29 du matin, un mercredi, et vous ne le savez pas encore, en réalité, qu’il est 7h29. Cela fait deux jours que vous êtes malade et que vous dormez presque non stop dans la journée. La veille, forcément, l’endormissement a eu du mal à envahir votre corps mais vous avez mis à profit cet état de veille en écrivant. Puis à l’extinction des feux, vous avez envisagé avec sagesse de ne pas mettre de réveil et de compter sur votre horloge biologique pour exécuter le travail à sa place. 

 

C’était sans compter sur les adolescents pré-pubères qui rentrent au collège dès potron-minet et trouvent amusant, voire hilarant, de hurler comme des putois en se poursuivant au milieu des fourrés juste en-dessous de votre fenêtre. Des envies de projet Blair-Witch ou de Délivrance assaillent votre cerveau. L’envoi (attention cette phrase ne va pas être politiquement correcte et c’est tant mieux) d’un bataillon de gros pervers dans lesdits fourrés ose effleurer votre esprit déjà embrumé par une colère sourde et grandissante. Ce sont véritablement des cris de cochons qu’on égorge qui exultent de leurs gorges encore pleines des restes du petit-déjeuner. Ou alors au contraire de leurs estomacs vides et pas suffisamment repus pour apaiser leurs ardeurs matinales.

 

La solution de secours s’impose : les bouchons d’oreilles. Mais c’était, là encore, sans compter sur la perversité notoire d’une société qui a décidé de s’acharner sur votre sort. Se met en route, en s’approchant de manière tout à fait versatile, le souffleur de feuilles. Ha ! cet engin béni des pires inventeurs-emmerdeurs que la société puisse soutenir ! Surtout pour souffler des feuilles au milieu de la micro-prairie d’une micro-crèche dont les chérubins ne sortent plus que rarement aux vues des températures avoisinant les moins quelque chose. A cette machine infernale est venue s’associer, dans une démarche encore plus fourbe, la fameuse tondeuse à gazon, appareil privilégié des pseudos-jardiniers urbains qui pensent qu’une fleur ou qu’un brin d’herbe dépassant les deux centimètres de hauteur représentent un danger inéluctable de chute pour le quidam ou une pollution visuelle insupportable. 

 

Une fois de plus des idées d’une violence indicible vous submergent et vous vous attendez à de nouveaux rebondissements pour cette journée qui s’annonce, il faut bien le reconnaître, sous les meilleurs hospices. Vous vous levez et commencez à vous activer en calfeutrant vos fenêtres. Vous bannissez d’office la radio qui se transformerait en une cerise empoisonnée sur le gâteau. Seul le tapotement régulier des touches de votre clavier apporte un peu de réconfort à votre détresse et vous finissez par vous dire, tel un Jacques le Fataliste désespérant, que c’était ce que le ciel voulait : que vous bougiez votre gros popotin et que vous vous mettiez au travail, espèce de larve !

Inversement proportionnel…

Le jour se lève. La lune traîne encore un peu dans le ciel, elle ne veut pas retourner dans ses pénates. Elle sourit encore très légèrement, d’un œil goguenard. Vos paupières sont encore toutes ensommeillées et les discours à la radio ont quelque peine à pénétrer votre cerveau. On reconnecte délicatement les neurones, grâce au réseau sans fil bourré de théine. La journée devrait être sympa, vous n’êtes pas énervée dès le réveil. Ce petit regain d’espoir vous redonne de l’énergie et vous partez au boulot d’un pas alerte, l’esprit léger.

Un matin qui s’avère relativement lent finalement. Vos élèves ont les yeux vitreux, leur regard un peu perdu. Ils écoutent, sages, et sont, pour une fois, plutôt efficaces. Mais calmes. Un peu trop calmes. Vous sentez que quelque chose cloche, et pourtant vous ne mettez pas le doigt dessus. Une tentative de motivation à la Full Metal Jacket : « Réveil, bande de faignasses. » Non ça en réalité vous ne pouvez pas le dire parce que sinon vous auriez la police en civil de l’Education nationale qui viendrait vous taper sur les doigts avec une règle en fer pour traumatisme à vie d’une génération entière de gamins. Après, donc, un « Allez, les enfants, on se réveille, s’il vous plait, sinon, on va finir par s’ennuyer et c’est vraiment pas drôle de s’ennuyer en classe, hein ? C’est pas drôle. » La matinée commence à s’accélérer et les enfants se secouent un peu le poil, s’ébrouent subrepticement. 

Au cours de la pause méridienne, pendant l’aide personnalisée (oui bon le soutien, appelons un chat, un chat) les individus qui vous servent de disciples ont une légère tendance à l’excitation. La faim doit les tirailler (comme vous d’ailleurs) mais cela ne se traduit pas de la même manière. Votre abattement se révèle plus puissant au fur et à mesure que leur tension augmente. Ils donnent l’impression de fauves en cage.

Retour de cantine, les cris pullulent dans toute la cour de récréation. Des cris qui se font de plus en plus furieux, stridents ; les courses plus rapides prennent la forme d’une chasse entre un guépard et une antilope. Les plus petits jouent les fanfarons mais les vieux briscards de CM2 ne leur laissent aucune chance. Juste avant la sonnerie qui devrait les sauver, plusieurs spécimens sont à terre, blessés, perdus pour le restant de la journée.

De votre côté, la fatigue vous sarcle et vous empêche de réagir promptement et calmement. Les élèves peu à peu se muent en fauves sauvages pour qui chaque objet devient un nouvel outil de torture pour vos oreilles. Ils sont pires que des loutres ayant découvert qu’on pouvait casser une noix sur une pierre. Vos paroles sont lettres mortes. Vos explications ne peuvent même plus sortir de votre bouche sans être interrompues par un flot de sons incompréhensibles. 

Dans toute la classe, les chaises se transforment en lianes servant à se balancer. Vous utilisez pourtant leur propre langage visuel pour faire entrer les connaissances dans leurs cerveaux. Un écran. Mais rien n’y fait. Le calme ne s’installe pas. Seule solution pour rompre l’excitation et vous empêcher d’appeler la SPA : une histoire. Le calme revient peu à peu, mais vous devez ajouter à votre récit, des mimiques, du jeu théâtral, un véritable one-woman-show, pour maintenir leur attention. Épuisant en fin de journée.

La sonnerie vous sauve. Les fauves quittent le navire en hurlant et en se bousculant, comme s’ils n’avaient pas vu la lumière depuis des lustres. Le goûter se déroule sous des hospices bien chamboulés. Et l’heure d’étude qui suit n’est qu’un enchaînement de petits cris et « d’égosillements » d’élèves qui ne parviennent pas à calmer leurs ardeurs. Épuisée, vous finissez par menacer, quinze fois d’affilée, parce que maintenant punir ou sanctionner c’est mal. En perte totale de crédibilité, vous relâchez finalement le troupeau à 18h. Lessivée, vidée de toute l’énergie vitale qui vous avait tenu compagnie dans la matinée…

Les questions affluent : mais qu’ai-je donc bien fait qui les a poussé à cette transformation ? Pourquoi ne parviennent-ils pas à se maîtriser plus d’une matinée ? Vous pourriez puiser dans toutes les pédagogies alternatives qui vous donneraient des réponses claires et simples, mais c’est en regardant le ciel à travers vos volets que vous comprenez enfin. Vous comprenez pourquoi l’agitation des élèves était inversement proportionnelle à votre épuisement.

Des loups-garous ; oui vos élèves étaient en train de se transformer en loups-garous. Ce soir, c’est la pleine lune. Pratique non ?

NDLR :(La rédaction tient à vous rassurer, ça ne se passe presque pas comme ça. Presque pas.)