À bas les vrais gentils, on veut être méchants !

Haaaa. Le VRAI gentil. C’est beau, c’est lisse, ça brille et ça… déstabilise. Vous savez, le vrai gentil, c’est celui (ou celle) qui lors d’un repas hebdomadaire avec vos meilleurs amis pose sur vous un regard bienveillant et un sourire plein de compassion empathique lorsque vous vous versez de l’eau sans avoir servi les autres avant. En gros, c’est celui qui vous colle une énorme honte avec bienveillance et sans un mot pour votre cuistre impolitesse. Mais tout en douceur.

La vraie gentille c’est celle qui, lors d’une soirée filles – vous savez, ces soirées qui finissent généralement en un crêpage de chignon salvateur puis en larmes alcoolisées et gros câlins – cette fille donc qui n’a de mots de travers pour personne, qui tempère vos propos avec tendresse et toujours ce foutu sourire serein sur les lèvres. Cette fille que vous ne voulez plus inviter mais qui vous est indispensable alors qu’elle gâche le plaisir de déverser votre venin, nécessaire pour expulser le trop plein de frustrations. Elle vous fait peur…

Non mais c’est vrai, reconnaissez que ce serait un peu hard un monde sans méchant.

Vous : Bonjour, ça allait aujourd’hui mon petit Géronimo à l’école ? Pas trop de distribution de claques ?

La maîtresse : Mais non pas du tout ! Au contraire. Lors du goûter, lorsqu’un camarade a émis l’idée qu’il pourrait potentiellement voler les gâteaux de son ami (quelle idée farfelue, vous en conviendrez !), Géronimo a trèès bien réagi. Il a organisé un débat afin de déterminer quelles pourraient être les conséquences désastreuses d’un tel acte. Les élèves ont été admirables ! Des solutions pacifiques et très respectueuses de partage et d’échange ont été trouvées. Ha quelle belle journée !

Vous : … ha… même pas une petite pichenette ?

Et le cinéma. Mais vous imaginez le cinéma sans bons gros méchants ? Après le Bon, la Brute et le Truand, le Gentil, le Très Gentil et le Super Gentil.

Le Gentil : Bonjour, je souhaiterais braquer la banque mais auparavant, je veux être absolument sûr de ne pas perturber l’économie locale et placer ces pauvres agriculteurs mexicains en grand désarroi.

Le Très Gentil : Bronco, ne t’inquiète pas, il n’y a pas de problèmes… il n’y a que des solutions.

Le Super Gentil : C’est vrai Ombré, je pense que nous pouvons prévoir une sorte de braquage à taux zéro avec promesse de ne pas brûler les récoltes de broussailles et de cactus. Une solution équitable qui peut satisfaire l’ensemble de la communauté…

Et vas-y que je te colle de la bienveillance, de la communication non-violente et de la sérénité « yogaesque » partout.

Raaah mais NON ! On veut du méchant, on veut des guns qui dézinguent tout, des « Mouahahahaha » malveillants de bons gros vilains qui viennent de l’espace et qui détruisent le monde dans un enfer apocalyptique de flammes irradiées. Et ne me dites pas que, le jour des amoureux, alors que vous venez de vous faire plaquer une semaine avant, vous n’êtes pas de celles qui ont plus envie de choper Valentin, de lui arracher les ailes et de lui faire bouffer son arc à l’horizontale. Nan mais oh… ça va là. Et mince, on veut être méchant parce que ça fait du bien… voilà.

Alors oui, être gentil ça s’apprend, ça se pratique. Paraîtrait même que ça apaise l’esprit et rend serein. Mais bon, les vilains, on en a besoin. Sinon, comment on ferait pour avoir des beaux gentils qui viennent sauver le monde en volant à notre secours ? Hein… comment on ferait ?

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Etre une fan de rugby, tu sais, c’est pas si facile

Une fois n’est pas coutume, je publie une chronique qui vient d’être publiée dans le magazine pour lequel je bosse : F’Ames/Oz’Omes, magazine gratuit du Grand La Rochelle et de l’Ile de Ré ! Si ça vous plaît, n’hésitez pas à me l’écrire sur le blog. Merci !

Avis aux lecteurs : cette chronique ne concerne pas les aficionadas du rugby… elles sont trop fortes. Vous savez, toutes ces femmes qui s’y connaissent tellement en rugby qu’elles réchauffent votre bière dès qu’elles commencent à parler du dernier match du Top 14. De manière non caricaturale, elles portent un nom basque, elles analysent les phases de jeu en vous donnant des complexes même si vous êtes joueur de l’équipe de France et vous avez arrêté de jouer avec elle au Trivial Poursuit spécial sport parce qu’elles vous laminent en trois tours de dés (oui, elles ont en plus la gagne au jeu !).

Non, cette chronique s’adresse à la clémence des rugbymen, des vrais, mais aussi aux rugbymen de salon, qui renversent leur pinte en s’approchant de l’écran et en hurlant « Allez, allez, allez les Jaunes et Noirs » quand leur équipe joue dans les cinq mètres de l’en-but.

Nous vous demandons, ici, la plus grande clémence pour nous, les fans de rugby qui vous aiment mais… qui n’y connaissent rien ! On aura beau faire, on vibrera toujours en regardant un match de beaux hommes musclés, tatoués et tout suintant de sueur (je m’égare pardon)… Mais oui, il se peut que parfois, au détour d’une action, nous puissions nous écrier : « Hey mais y a pénalty, là ! Il fait quoi l’arbitre ? Nan, mais il a eu son diplôme dans un paquet Bonux ou quoi, ce bip bip bip » (la rédaction se donne le droit de censurer, surtout pour défendre ces pauvres arbitres trop souvent maltraités). Ou alors de poser la question, le plus naïvement du monde : « Pourquoi y-a-t-il un coup-franc ? » au moment où un joueur s’apprête à transformer un essai.

De même, nous confondrons toujours les ailiers, les trois-quart-aile et les talonneurs. Mais par contre nous avons bien retenu que le demi-de-mêlée, c’est le petit nerveux et le gros baraqué, le pilier. Ҫa, pas de problème.

Et oui, nous continuerons à faire des commentaires sur l’aspect moulant ou la couleur des maillots, tout en demandant, avec des yeux malicieux et pétillants, si c’est bien ce joueur-là, le beau gosse, qui a posé pour les Dieux du Stade, le sourire et le regard perdus vers des horizons lointains promesses de doux… (pardon, je me re-égare).

Parfois, aussi, il nous arrivera peut-être de demander pourquoi l’arbitre ne siffle pas un en-avant alors que nous n’avons pas remarqué qu’ils ont changé de sens de terrain.

Enfin, nous souffrirons pour vous, qui frottez vos tristes oreilles contre celles de vos adversaires ; nous pousserons des cris stridents de douleur lors d’un plaquage un peu musclé avec des « Oh, le pôvre » apitoyés.

Mais quoi qu’il arrive, même si nous enchaînons les maladresses, que nous ne connaissons pas le nom de tous les joueurs, vous pourrez toujours compter sur nous pour vous supporter, crier « Ici, ici c’est La Rochelle », vous soutenir et jouer les furies dans les gradins, quitte à vous coller une honte monumentale, quand vous perdrez des batailles mais gagnerez vos guerres.

La mutation dont vous êtes le zéro… euh le héros

La mutation dont tu es le zéro… euh le héros.

Ça y est, ton conjoint a réussi à l’obtenir. La fameuse mutation dans la contrée de vos rêves… Le Saint Graal ! Ô joie, ode à l’amour, votre enfant apprendra à marcher en dehors des paillasses bétonnées de la région parisienne. Euphorie et émerveillement. Reste maintenant à savoir ce que toi, feignasse de premier ordre, tu vas faire de tout ça. Lance le dé.

Si tu fais 1 : Ton conjoint est un mage nanti et gagne suffisamment bien sa vie pour t’entretenir pendant plusieurs années (on se demande bien d’ailleurs pourquoi tu as choisi d’être feignasse). Pas de souci pour toi, tu peux prendre un congé parental et t’adonner au macramé et à l’art divinatoire. T’as le temps de la voir venir ta mutation, sous le soleil et au bord de la plage.

Si tu fais 2 : ha. Dommage. Ton conjoint n’est pas un mage nanti. Alors ton congé parental va falloir sérieusement penser à le raccourcir. C’est ce qu’on t’a conseillé de prendre dans l’Antre des Gestionnaires de feignasse, mais tu sens bien qu’il y a une embûche. C’est sans compter avec l’aimable participation de la CAF (ou Comment Atteindre la Folie) qui commet l’erreur fatale de t’accorder une aide qui ne viendra jamais parce que … ton rejeton a plus d’un an… Donc t’as zéro ressource. Un emprunt qui va débuter. Tu dois trouver une solution. Ha… ben tu as fait 2 !

Donc, là tu relances le dé : tu fais 1 : tu prends ton fils sous le bras. Tu rentres dans ton département Déprimland, tu finis de liquider tes quelques écus en faisant des allers-retours pour réunir la famille tous les weekends et payer un double loyer. A ton boulot, tu fréquentes des Orques que tu aurais préféré ne plus jamais revoir. Ton fils devient infernal, tu finis par déprimer, tu fomentes des actions répréhensibles aux yeux de la digne Inquisition… Nan, vas-y relance le dé ; on n’est pas inhumain. C’est pas le bon chemin.

Tu fais 2 : tu tombes sur une bonne fée, elle te fait gagner plein d’argent, tu achètes la maison de tes rêves… oui ben, vas-y arrête de rêver justement, tu te fais du mal. Relance le dé.

Tu fais 3 : tu dégotes un job en 2 jours… on a dit « Arrête de rêver ».

Tu fais 4 (il n’y a que 4 faces sur ton dé) : Là tu entends une voix gutturale prononcer des paroles effrayantes : « Entre ici pauvre feignasse que tu es, et pénètre au cœur des Ténébreux Labyrinthes de la Mutation. » Argh, ta gorge se serre ; tu sais que tu vas devoir affronter les pires dangers et les attaques les plus viles de la part de créatures invisibles. Peut-être même devras-tu faire face à la terrible Moire Ministéria Educationata, maîtresse de ton destin et de celui des pauvres autres feignasses dans ton genre.

Ton chemin est donc celui-là. Et tu y vas, la fleur à l’arc, en bonne guerrière farouche que tu es. Ta mutation, tu demandes. Hors-délai mais ce n’est pas grave. Les Elfes de ta nouvelle contrée ont besoin de feignasses en renfort cette année. Le dé est lancé : 3. Ha… désolés, mais la mutation que vous avez quémandée n’est pas attribuée actuellement… et à jamais. Mouahahaha. Les sous-fifres de la Ministéria rôdaient à l’affût de la moindre tentative d’accès au bonheur. Tu es acculée. Rebrousse chemin.

Désormais tu es au cœur du Labyrinthe de la folie fonctionnariale. Dans ta situation, tu ne peux bénéficier d’aucune aide aux indigents. Même ta propre Guilde, qui t’empêche, il faut le préciser, d’exercer ton sacerdoce ne peux rien t’apporter. Pas un écu. Toutes les portes se ferment. Il te faudra trouver la bonne, celle qui sauvera ta famille et tes espoirs. Trois portes face à toi. Trois sceaux.

Sceau numéro 1 : congé parental et grosse galère d’argent. Ou alors tu deviens garde-chiourme dans le civil. Certes, tu pourras enfin t’adonner aux puissants préceptes de la prêtresse Montessoria mais rester dans ton logis ne te botte pas plus que ça. Si les autres sceaux se révèlent anxiogènes, alors tu rebrousseras chemin pour ce dernier.

Sceau numéro 2 : tu quittes la Guilde. Mais tu as déjà passé tant d’épreuves initiatiques et sacrifié tant de temps que tu ne peux t’y résoudre. Oh ce n’est pas pour la maigre bourse que tu récoltes à la fin du mois, non… mais pour ces mini trolls qui te font croire encore à la puissance du savoir et de la connaissance. Tu es un mage et tu veux le rester. Transmettre ton savoir.

Sceau numéro 3 : la disponibilité. Tu perds tous les bénéfices, ou presque, de ta Guilde. Il te faut alors découvrir quelle activité sera la bonne. Mais encore une fois, c’est sans compter avec les fourberies et imbroglios de l’Académie des feignasses de la capitale. Parce que tous les métiers ne te sont pas accessibles. Or, celui qui t’intéresse fortement fait partie d’une guilde, le Territorialis, qui s’apparente à la Ministéria Educationata mais sur un plan plus local. Tu souhaites former des mages plus âgés, qui commencent déjà à exercer une vocation. Mais la bourse qui te serait versée viendra-t-elle du même coffre que celui de ta guilde ? Des fils à démêler, plus denses et épais que la forêt d’épines de Maléfice. Parce que l’antre des Gestionnaires de feignasses n’est pas apte à te donner l’indice nécessaire, la réponse simple à ton énigme.

Du coup, tu relances le dé. Et tu fais 3bis (oui, c’est un dé magique). Il t’offre la possibilité de cumuler deux chemins en même temps. Tu décides donc de tenter le tout pour le tout au risque de devenir un hors-la-loi de l’Académie. Tu vas creuser du côté du Territorialis. Et dans le même temps, tu vas jouer les mercenaires et trouver des missions pour ton propre compte. Corriger des parchemins, relire des ouvrages.  C’est un équilibre fragile. Tu as ton petit rejeton angélique à garder, tu ne peux pas le confier encore à une nurse parce que les nurses demandent des écus, que tu n’as pas. Alors tu croises les doigts pour que tes efforts paient, le plus rapidement possible.

Courir deux lièvres à la fois. La seule condition de survie. Et tu y crois, avec des hauts et des bas, mais tu y crois. Et un jour, tu n’auras plus à lancer de dés. Pour la Ministéria ou pour une autre Guilde, la question reste en suspens. Mais tu ne relanceras plus… de dés.

Le bonheur coûte cher

Naaan ? C’est pas vrai ? Oh mon dieu, mon dieu, mon dieu (oui dans ces cas-là on devient pieuse ; enfin vous avez juste évité la version réelle, vulgaire mais cathartique qui est réellement sortie de votre bouche féminine et délicate !). Quoi mais c’est dingue, on déménage, on s’en va, on prend nos cliques et nos claques et on va … à la mer ???!!! Et c’est pas seulement pour des vacances ? Naaaannnn … mais attends, truc de ouf !

         Bon voilà en résumé, le doux et tendre a réalisé votre rêve le plus cher (après le bébé évidemment) : partir s’installer près de la côte atlantique ! Et là enchaînement magique. Une cousine bénie des dieux et déesses du Valhalla, qui recevra votre vénération perpétuelle, vous sauve la mise en vous prêtant une bâtisse monumentale avec piscine (excusez-nous du peu !) afin que vous puissiez avoir un toit sur la tête, en attendant de trouver votre home-sweet-home, puisque cette petite mutation se fait en l’espace d’une semaine et demie !

         Alors, les cartons faits, le déménageur déniché, vous partez la banane accrochée aux lèvres pour un repos bien mérité auprès de votre océan chéri.

         Et là, je n’ose… allez si j’ose… c’est le drame.

         Arrivés à destination, une envie soudaine vous prend à 23h environ de vous vider de vos tripes. Jusqu’à 3h ou 4h du matin environ, vous ressemblez plus à la fontaine de Trévise version putréfaction à Zombiland qu’à une jolie princesse contant fleurette aux animaux de la forêt. Perte de conscience, et d’amour propre puisque votre doux et tendre tente de vous nettoyer avant l’arrivée de l’ambulance.

         Aux urgences, c’est l’escalade dans la connerie la plus touffue et l’incompétence effarante. On est prêt à vous lâcher avec une simple ordonnance alors que vous ressemblez plutôt à ces cadavres d’animaux desséchés dans le désert, vous savez, ceux dont on ne voit plus que le crâne avec des cornes… Après une re-perte de conscience face à un personnel qui se refile le bébé, un médecin décide enfin, et suite à un agacement non feint de votre amoureux, de prendre les choses en main et de vous enfiler (par les veines, rooohhh), un cocktail réhydratant-anti-vomitif/diarrhéique-spasmodique afin que vous retrouviez un semblant de forme humaine… le tout en puant encore les excréments qu’aucun membre du personnel n’a cru bon nettoyer sur votre corps épuisé. On appelle ça une gastro foudroyante ! qui vous tiendra une bonne semaine et demie ! Comme on l’a déjà chanté : si tu veux perd’tes kilos, aies une gastro, etc etc.

         Le lendemain, c’est votre neveu qui décide d’enchaîner avec vous afin de poursuivre l’œuvre entreprise par le gentil petit virus. Quelques heures après, votre adorable petite chatte de 4 mois à peine décide de grimper à un arbre (alors qu’elle n’avait vu qu’un balcon) et de choisir le chemin le plus rapide pour descendre, c’est-à-dire de la branche au sol (en tapant tout de même une branchette avec la tête au passage)… soit environ 3 à 4 mètres. Comme elle a 9 vies, elle en a juste grillé une, sans égratignure.

         Mais l’aventure ne s’arrête pas là. Le lendemain, votre maman d’amour, en démarrant, roule sur ladite cascadeuse en herbe qui par miracle s’en sort, là aussi, sans égratignure (plus que 7 vies) mais avec une peur panique de tout ce qui fait vroum vroum… Et une prostration d’environ 4 jours. Ce qui fait qu’elle est restée alitée avec vous finalement.

         Mais… c’est pas fini ! Oui, désolée, j’ai pas eu le choix, cette sentence est parfaitement adaptée à la situation. Vous, continuant de vous vider régulièrement, n’avez pas réussi à épargner votre tendre progéniture de 11 mois qui se met à vomir ses tripes pendant 1h30. Alors, rebelote, urgences, angoisse d’être à nouveau hyper mal accueillis. Mais que nenni. Tout d’abord votre rejeton va vachement mieux avant même d’arriver à destination (c’est un classique), mais en plus, l’équipe est top et soigne la chair de votre chair avec efficacité. Ouf, on commence à souffler.

         Non, non ! Ne jamais crier victoire trop vite… Sur le chemin du retour en effet, vers 2h30 du matin, deux chevreuils, oui, deux, pas un, deux (des potes, sûrement, rentrant un peu bourrés d’une teuf dans la forêt de pins), décident de vous rappeler comment un flipper fait tilt quand vous y aller un peu fort sur les boutons. Le premier effectue une superbe glissade sur le capot et l’autre heurte de plein fouet le radiateur, se transformant ensuite, en un dos d’âne qui vous fait réaliser que normalement c’est pas mou un dos d’âne… Et voilà comment, à 3h du mat, vous vous retrouvez avec une voiture explosée juste avant votre déménagement. Heureusement, vous n’avez pas ressenti les effets de la gastro à ce moment-là.

         Ensuite, progressivement, les choses s’arrangent. Même si, une fois que vous vous sentez hyper mieux, vous loupez une réunion de famille qui vous tenait à cœur parce que tous les vacanciers de la région ont décidé de rentrer en même temps, paralysant l’ensemble de la zone et à peu près tous les accès à votre destination… putain…

         Puis, vous déménagez. Enfin, vous sentez, l’espoir renaître petit à petit. Quand vous apprenez, le jour de la réception de vos meubles, que votre mamie a décidé de partir pour un endroit où elle pourra continuer à réaliser sa cuisine divine… pour l’éternité.

         La boucle est bouclée. Le bonheur coûte cher. Mais… on va vivre à la mer !

Léon, si tu savais …

Léon, je vais te raconter le jour de ta venue au monde. Pour commencer, sache que j’avais envie que tu attendes d’arriver le jour J. Oui parce que ta mère, dans sa sagesse naturelle, avait purement et simplement enchaîné deux déménagements dans les deux derniers mois de sa grossesse (même si c’est un peu ton père qui a tout fait !) et avec son gros ventre et ses, au moins, 15 kilos en trop avait un grand besoin de repos. Mais non, tu as décidé qu’il était temps de découvrir le monde en ce samedi 5 septembre 2015.

Vers 3 heures du matin, ton père écrasait encore, rechargeant par avance ses accu, sentant lui aussi l’imminence de ton arrivée. De mon côté, je cherchais toujours la position idéale pour dormir quelques secondes avant que tu aies de nouveau le hoquet. Et puis j’ai senti un truc. J’ai senti que tu voulais venir. Qu’il était temps. Alors papa et moi, on est parti à la maternité. Là je sentais encore plus que tu avais envie de sortir. Mais vraiment. Je me suis même dit que tu semblais un peu trop impatient.

A 4 heures, le travail commençait. Le travail c’est quand le bébé a terminé ses bagages, qu’il est sur les starting blocks et que maman se met à pleurer sa mère parce que l’ensemble de son corps n’est qu’une immense source de … forces. Oui, on va dire de forces (non parce qu’en vrai on souffre le martyre, mais c’est beau de donner la vie, attention hein !). Mais alors toi, mon petit Léon, je crois que tu étais vraiment très très très impatient de rencontrer tes parents, parce que tu as à peine laissé à maman 2 heures pour se préparer. A croire que le nid qu’on avait fabriqué ensemble ne présentait plus un grand intérêt pour toi. Et je te comprends ! A 6h30, mon bébé d’amour, tu étais là. Sur mon ventre. Je t’avoue que j’ai été un peu inquiète et qu’ensemble, avec Papa en super coach, on a fait un énorme travail pour que tu sortes. Je n’oublierai jamais, en tous cas, le regard incroyable qu’on a échangé avec ton père quand nous t’avons vu pour la première fois ! Une force d’amour que nous allions te transmettre dans l’instant. Une joie, une stupéfaction inouïes !

Tu étais tellement petit, tellement fin. Un peu trop d’ailleurs parce qu’on a dû te placer sous une lampe bien chaude parce que ta sortie a été tellement rapide que tu étais un peu trop fragile pour résister seul au monde extérieur. Nous avons veillé sur toi toute la journée, subjugués par le petit être que tu étais. Et le soir, lors de notre première nuit ensemble dans la chambre, je ne pouvais pas te quitter des yeux. Toi non plus d’ailleurs. Je ne cesserai de penser à tes deux petites billes qui me regardaient à travers le plastique du berceau. Nous faisions connaissance. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse bonne figure pour que tu m’aimes fort et que tu te sentes rassuré et protégé. Et je crois que ça a collé entre nous ! Tout de suite. Sans me vanter hein ! On s’est de suite bien entendu.

Le jour de ta naissance, mon Léon, mon fils, a été une grande épreuve émotionnelle. La plus belle que j’ai eu à vivre. Et ce qui est fou, c’est que 5 mois plus tard, l’épreuve se poursuit avec un bonheur incroyable. Tu es une source inépuisable d’étonnement, d’émerveillement. Oui bon, elle a aussi son lot d’angoisse, de fatigue, de doute. Mais ce n’est rien comparé à ce que tu nous apportes à ton papa et moi. Tu es notre petit miracle quotidien. Nous t’aimons très très fort.

Ha… la grossesse…

La grossesse te va super bien ! Tu es resplendissante ! Nan, mais t’as rien pris là. Tu es encore toute mince ! STOP !!! NON. C’est faux.

D’abord la grossesse, c’est pas le plus beau moment de ta vie. Non, en tous cas, pas pour moi. Même si t’as pas de nausées au début.

Parce que pour commencer, ça les brise un peu de ne pas pouvoir regarder un film en entier. Imaginez si vous regardiez Star Wars et qu’en un battement de cils, vous passiez de Luke qui est en train d’acheter des droïdes pour son oncle à Luke avec une main en moins et qui découvre que Darth Vador est son père… Ca en fait des épisodes ratés… Voilà, parce que franchement qu’en t’es en cloques, t’es fatiguée. Et je ne parle même pas du gremlin à l’intérieur qui, une fois bien installé et prenant du poids se met à avoir le hoquet quand enfin tu avais trouvé ta position pour dormir (soit un angle de 45,7° environ, le dos soutenu par un coussin d’allaitement dont tu entends chaque grain au moindre mouvement, le bras coincé selon un axe précis et les jambes écartées de manière à pouvoir libérer la vessie sur laquelle tu n’as plus aucune prise, aucune…).

Ensuite, tu prends du poids… Je ne m’adresse pas à la copine qui t’écœure parce qu’elle n’en prend pas assez. Et qui rerentre dans son mini 36 le lendemain de l’accouchement. Non je ne parle pas de cette copine-ci… Elle, pendant un temps, c’est plus ta copine… Donc tu prends du poids. Si t’as de la chance de finir ta grossesse l’été, ça passe parce que tu peux ressembler à un cachalot. Quand t’es dans l’eau, ça fait illusion. Faut juste que les enfants ne fassent pas la course jusqu’à la bouée, parce que la bouée… c’est toi ! Mais sache que tes fringues se rapprochent plus de la bâche agricole, que de la dernière saison printemps-été de chez Gaultier. Et non, c’est pas beau. Tes bras ressemblent à du chewing-gum, t’as les jambes comme des poteaux électriques et tes seins t’empêchent de voir tes pieds… C’est moche.

En plus, quand t’es enceinte, tu te mets à marcher différemment. Perso, en traversant le parc, je me suis retournée pour vérifier que les canetons qui étaient nés quelques semaines avant n’étaient pas en train de me suivre, parce qu’ils auraient pu me confondre avec leur mère… Vous visualisez bien le type de démarche que vous vous coltinez ?

Et puis quand t’es enceinte, monter des escaliers c’est comme procéder à l’ascension de l’Everest. C’est hard. Tu souffles comme une vache qui a réussi à atteindre le tas de foin situé à l’autre bout du champ. Te déplacer requiert des calculs savants afin de prendre en compte l’ensemble des paramètres nécessaires pour atteindre ta destination sans incident majeur. Soit : si ta vessie est remplie au un dixième et sachant qu’elle a été vidée trente secondes avant mais a une autonomie de moins de 10 minutes avant compression insupportable, sachant aussi que tes capacités respiratoires se limitent à 30ml d’oxygène par mètre, que tes pieds te font souffrir au bout de 30 pas, que ton ventre se met à peser après 5 minutes de marche et qu’il te faut au moins 15 minutes pour arriver jusqu’à ton bus, ET que le bus met environ 30 minutes pour parvenir à son terminus, ET que tu dois ajouter encore 15 minutes de marche pour parvenir à l’entrée de ton taf ET qu’il reste environ 40 marches avant les prochaines toilettes… Combien de temps pourras-tu tenir avant de faire pipi la prochaine fois ET quelle quantité de liquide peux-tu absorber avant de quitter ton domicile afin d’éviter une inondation et une grosse honte ? L’incontinence, ça n’a l’air de rien, mais pendant ta grossesse, tu y penses. Tout le temps…

Et si en plus, tu as le malheur de ne pas être immunisée contre la toxoplasmose, v’là les emmerdements au niveau bouffe ! Tu surveilles tout. Tu stresses de manger dans un restaurant au cas où ils auraient mal lavé les légumes. Tu ferais limite passer l’inspection d’hygiène pour vérifier la propreté des lieux. Tu as envie de manger de la charcuterie, du fromage et tous les trucs bien gras mais tu peux pas non plus, à cause de la listéria. Bon en fait, en vrai, à la fin tu relâches la pression, t’en peux plus et tu manges tout ce que tu veux… (bon ben alors te plains pas si t’as pris 15 kilos, là…).

Et je ne parle pas des séquelles après l’accouchement, c’est un autre chapitre.

Enfin voilà, quand t’es enceinte, c’est pas forcément les plus beaux moments de ta vie. Mais le résultat est tellement beau que tu finis par oublier ces petits détails insignifiants. Enfin après plusieurs mois tout de même, voire années, quand tu rerentres dans tes fringues quoi !

CAF ou Comment Accéder à la Folie

Ha les joies de devenir parents ! Ca fait des grouics dans votre ventre, ça donne des coups de pied à maman (ça donne des putains de coups de pied à maman…), ça vous fait prendre des jolies rondeurs qui vous font rapidement ressembler à un culbuto. Grand grand kif !

Mais il y a aussi les joies de la préparation à son arrivée. Les mini-bodies, les mini-chaussettes qui ont tendance à faire ressembler le futur papa à un marshmallow fondant. Mais c’est meugnon… faut bien l’avouer ! On coud, on crochète. Les doudous naissent en espérant qu’il ne sera pas non plus un emmerdeur à ne pas pouvoir s’endormir si on n’a pas trouvé la BETE.

Il y a aussi les joies de se demander où on va bien pouvoir le caser, ce loulou à naître. Vous allez voir qu’il va réussir à squatter notre chambre et qu’on va se retrouver rapidement à dormir au salon, au milieu des ondes titillantes du Wi-Fi, des lumières scintillantes de la box-décodeur-PSP-télévision,  parce qu’obtenir un nouvel appart à l’office HLM c’est comme espérer l’arrivée du Père-Noël au mois d’août ! C’est beau d’y croire…

Et puis, il y a les démarches administratives et médicales. Les rendez-vous sage-femme que vous ne parvenez pas à caler pendant que vous bossez. Ben oui désolée, mais non, vous n’allez pas quitter votre taf pour aller vous entraîner à respirer comme un petit chien. Non. Il y a les visites mensuelles au laboratoire, prises de sang et pipi dans un flacon toujours trop petit, d’autant que votre ventre commence à vous empêcher de bien viser l’entrée, pour vérifier que vous n’avez pas craqué sur les bonbecs et les pâtisseries, en vous donnant une foutue mauvaise conscience. Il y a la balance du médecin qui, lui, ne vous juge pas, mais Mauvaise Conscience rôde et ne vous laisse pas sereine avec ses petits : « Tttt… ».

Et il y a la CAF ! Ou Comment Accéder à la Folie en moins de deux minutes. Transcription :

Demande d’inscription faite assez rapidement. Envoi de la carte d’allocataire rapide lui aussi. Formidable, j’en ai les larmes aux yeux, tout se déroule comme sur des roulettes, c’est pas croyable, c’est la CAF tout de même.

Premier couac quinze jours plus tard : et si vous nous transmettiez vos avis d’imposition ou de non-imposition pour que nous étudiions vos droits dans les plus brefs délais ? Hein ? Oui, je veux bien, mais pourquoi vous ne les avez pas demandés au moment de l’inscription, hein ?

Pas de souci, vous pouvez le faire sur CAF.fr. Ha ! On aime les miracles de l’internet et des économies de timbres qui vont bientôt coûter plus cher qu’un café en terrasse à Paname. Alors, hop, hop, hop, direction le site institutionnel.

Accédez à votre compte. Pas de souci. On donne son numéro d’allocataire. Jusque-là, tout va bien ! Sa date de naissance, aucun problème. Son code confidentiel… ha, il est où le code confidentiel ? Ha oui sur la feuille qui contient la carte allocataire. Ha ha trop facile !!! Sauf qu’à l’emplacement du code confidentiel, il y a un gros blanc. Pas de code. OK. Vous en faites la demande. Il faudra donc repousser le complément d’information parce qu’ils l’envoient par courrier, le code, pas par mail, ben non, oh faut pas déconner, c’est plus sympa de faire attendre.

Par acquis de conscience, vous essayez tout de même de joindre un conseiller par téléphone, à 7 cents l’appel puis 2 cents et des brouettes la minute (ha z’avez niqué vos économies de timbres !). Et là, encore une belle surprise. Transcription :

Si vous êtes allocataire et souhaitez des renseignements sur votre compte, tapez 1. Je tape 1. Tapez votre numéro d’allocataire et terminez par dièse. Je tape mon numéro d’allocataire et je termine par dièse. Tapez votre code confidentiel. J’ai pas de code confidentiel. Votre code n’est pas correct. Normal. J’ai pas tapé de code, puisque je n’en ai pas. Tapez votre code confidentiel.

Je vais plutôt aller écrire une chronique, moi, tiens !!!

(Et la rédaction ne parle pas du fait que, dans la même journée, il a fallu aller faire une pré-inscription en crèche qui s’est soldée par l’incapacité à sortir par la bonne grille dans le parking souterrain de l’hôtel de ville puis l’incapacité à re-rentrer dans ledit parking souterrain, obligeant le petit culbuto à faire le tour d’un autre bâtiment administratif afin de découvrir la porte secrète qui menait au véhicule le ramenant dans ses pénates. Non, la rédaction n’en parle pas …)

Dans la peau de Trente Elévovitch

Parfois quand on est prof, on ne considère pas assez l’impact que peut avoir sur notre équilibre mental le fait d’enseigner à une trentaine d’élèves. Or, il existe un phénomène scientifiquement peu prouvé mais pourtant avéré par les faits : le transfert de personnalités. Notez le pluriel de « personnalité » puisqu’il faut en effet souligner que le prof ne devient pas seulement un double de lui-même, mais qu’il intègre l’ensemble des particularités de son public. Menant parfois son entourage à s’inquiéter de vivre avec un schizophrène patenté.

Le jour de la rentrée vous vous levez, avec, parfois, la fleur au fusil, et empli d’une bonne volonté touchante. Vous découvrez vos nouveaux élèves tout beaux, tout frais, tout sages. Et vous vous dites que c’est un vrai bonheur. Certes le soir vous rentrez chez vous en disant à votre enfant : « Vas-y, je sais c’est quoi la réponse. », mais cela ne vous inquiète pas plus que ça.

Or, petit à petit, votre entourage écarquille de plus en plus les yeux en vous regardant évoluer au fil des jours. Vous faites tournoyer votre stylo en parlant à votre banquière, vous avez tendance à vous mettre en équilibre sur votre chaise en tentant de surfer sur une vague imaginaire.

Lorsque votre amoureux vous explique un point délicat sur l’organisation de votre vie, vous regardez ostensiblement par la fenêtre pour voir si le monde est plus original dehors. Vous commencez à poser des questions alors même qu’on vient de vous donner la réponse, mais vous recommencez cinq minutes plus tard en jurant vos grands dieux que non, vous n’avez pas entendu ladite réponse.

Quand on vous dit qu’il faut arrêter d’embêter le chat, vous rétorquez à chaque fois que c’est lui qui a commencé et vous vous mettez à pleurer en trépignant et en hurlant que de toutes façons, c’est toujours vous qu’on gronde.

Le français devient, au fil des mois, une gageure qui vous fait tirer la langue à chaque fois que vous devez envoyer un courrier administratif. Et puis aussi pourquoi devriez-vous faire cette tâche ? Ca va vous avez assez travaillé dans la journée et vous en avez marre de devoir obéir.

Parfois, vous allez tellement vite dans vos occupations, que votre entourage ne sait plus comment nourrir votre soif d’activité et vous devenez alors intenable.

Certains enjeux de votre vie deviennent aussi complexes qu’une équation à un inconnu ou que l’apprentissage des tables de multiplication et vous avez tendance à regarder les gens qui vous parlent avec des yeux vides, dignes parfois des meilleurs merlans frits. Ce qui fait perdre rapidement patience à ceux qui essaient de vous expliquer que ce n’est pas si compliqué d’éteindre le décodeur de cette façon et non pas de la vôtre qui met en péril ladite machine.

Seul moment de répit dans cette schizophrénie sous-jacente : les vacances. Mais le travail de relaxation-détente-zénitude permettant d’évacuer les trente personnalités cachées au fond de votre être demande un temps certain. Et vous replongez rapidement dans ce maelstrom infernal et pourtant nécessaire.

Nécessaire, parce qu’il prouve que vous êtes attentif à vos élèves, parce qu’il prouve que vous prenez à cœur de suivre chacun de leurs pas et que vous y mettez du cœur.

Mais un conseil seulement. Ce sera salutaire. N’hésitez pas, faites-vous suivre.